"Chez Sarkozy on naît bon ou mauvais, il y a des individus (les voyous, les racailles) essentiellement voués au mal et peut-être qui sait, des peuples, des nations - puisqu’il y a bien selon lui des nations comme la France, essentiellement vouées au bien, dont il est si fier.

(...) Souvenons-nous : au XIXème siècle, quand la psychiatrie naissante a entrepris de connaître et de classer les différentes formes de « dégénerescence » de l’âme humaine, il s’est trouvé des esprits forts pour établir que ces formes de dégenerescence étaient innées, qu’elles étaient irrécupérables, et qu’il fallait se débarrasser de ceux en qui elles se manifestaient. C’est ce que le nazisme entreprit de faire, en commençant par les dégénérés, puis les homosexuels, les Tziganes, puis les Juifs. Dans l’Histoire, l’essentialisme n’a accouché que du pire.

(...) Les sarkozistes aujourd’hui s’offusquent de ce qu’on crie au fascisme pour dénoncer leur candidat. (...) (lui) qui voit de l’innéité partout et de la dégénérescence au berceau : qui affirme qu’on « naît pédophile », que le suicide des jeunes est le produit d’une « fragilité génétique » et qui croit pouvoir dépister chez des enfants de zéro à trois ans les signes précurseurs de la délinquance. Qui affirme, il n’y a dès lors plus lieu de s’en étonner, qu’il va supprimer les individus voués au mal.

(...) On me répondra qu’il ne suffit pas d’être essentialiste pour être fasciste. C’est vrai. Mais ça commence à faire beaucoup, si l’on rapproche l’essentialisme sarkoziste de ses autres tendances qui font la définition du fascisme dans tous les dictionnaires : l’autoritarisme (faut-il y revenir ?), le nationalisme (relire le premier paragraphe, relier avec le Ministère de l’immigration et de l’identité nationale), et le totalitarisme (se souvenir des tentations/tentatives sarkozistes de réprimander/sanctionner les médias quand ils ne procèdent pas selon son désir : Généstar remercié, Rotschild menacé, Ockrent vilipendée...).

(...) Mais cette pensée, (...), est celle d’un enfant plein d’effroi qui croit au Grand Méchant Loup incarné dans quelques indésirables qu’il faudrait éliminer - en devenant soi-même, pourquoi pas, le Grand Méchant Loup : et de cela, oui, la Gauche a peur, et peut-être aussi, le petit Nicolas."

Judith Bernard - De quoi Sarkozy a-t-il peur.